Souvenirs de jeunesse
Toulouse, 1953 - 1958
Baptisée dans le Saint-Esprit dans la nuit du 2 au 3 janvier 1953, veille de la Rentrée des Facultés où j'étudiais à l'Université de Toulouse, j'étais comblée de joie et de bonheur car j'avais dit, le 24 Décembre précédent en prenant les vacances de Noël :
" Pendant ces journées de repos, je n'ouvrirai pas un livre, pas un cahier, je vais chercher Dieu et lire la Bible. A la rentrée, je veux être fixée :
- ou Dieu existe, et je vivrai pour Lui
- ou Dieu n'existe pas, et la vie n'est qu'un chaos, et elle ne mérite pas d'être vécue : alors je m'arrête. "Le Seigneur qui voit tout et entend tout a été fidèle à la date fixée. Le Dieu vivant et vrai venait de se révéler à moi et de me montrer sa miséricorde et son grand amour, juste la veille de la rentrée ! N'avait-il pas dit " Vous me chercherez et vous me trouverez après m'avoir cherché de tout votre cur ! " Le Psaume 32 résumait bien la situation que j'étais en train de vivre depuis quelques années, entre mes 18 ans et mes 22 ans !
" Heureux celui à qui la transgression est remise ! Heureux celui à qui le péché est pardonné ! " Les versets 3 et 4 de ce psaume sont du passé maintenant : " Tant que je me suis tue... je gémissais toute la journée ; car, nuit et jour, Ta main s'appesantissait sur moi. Ma vigueur n'était que sécheresse comme celle de l'été. "
Verset 5 : Mais... " Je t'ai fait connaître mon péché ! Je n'ai pas caché mon iniquité ! J'ai dit : j'avouerai mes transgressions à l'Eternel ! Et Tu as effacé la peine de mon péché " ! ! !
- " Tes péchés te sont remis ! " m'a dit le Seigneur en me scellant de son sceau par trois vagues successives des pieds à la tête et de la tête aux pieds, me visitant et me réveillant de mon sommeil ! Quelle joie ! J'appartiens dorénavant complètement au Seigneur, corps, âme et esprit ! Les versets suivants de ce merveilleux psaume 32 deviennent alors pour moi une réalité vécue :
verset 7 : " Tu es un asile pour moi, Tu me garantis de la détresse. Tu m'entoures de chants de délivrance ! "
Oui mon âme a été ravie en esprit et est montée, jusqu'au Ciel ouvert au-dessus de ma tête, alors que, à genoux au pied de mon lit, j'ai eu la sensation de vivre l'expérience de l'échelle de Jacob touchant le Ciel par où montaient et descendaient les anges de Dieu. J'avais la sensation de vivre les Paroles de Jésus :
" Désormais, vous verrez le Ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme. "
Pour moi, c'était un cercle de tourterelles qui voletaient en orbite, montant et descendant au-dessus de ma tête. J'entendais le frou-frou de leurs ailes faisant du sur-place en couronne montante et descendante autour de moi ! Et au milieu de ce cercle, ma voix montait en chants spirituels jusqu'au Trône de Dieu.... ! !Quel merveilleux moment ! Combien de temps dura-t-il, je l'ignore ! Tout se passait en silence, en Esprit et en Vérité, car toute la maisonnée dormait paisiblement. Et pour comble d'amour et de délicatesse, non seulement j'étais une nouvelle créature, en ce matin du 3 janvier, mais la nature elle-même était nouvelle : le Seigneur avait envoyé la neige, un blanc manteau d'hermine recouvrait le jardin, la route, les toitures ! Que c'était beau, calme, paisible et pur ! Oui, la vie était belle, et digne d'être vécue, avec Dieu !
Cherchant la volonté de Dieu pour ma vie, je pris pour fondement de ma foi trois versets :
1. " Recherchez premièrement le Royaume de Dieu et Sa Justice, et toutes choses vous seront données par-dessus. " Matthieu 6-33
2. " Votre corps est le Temple du Saint-Esprit. " avait enseigné l'apôtre Paul. La colombe du Saint-Esprit, les tourterelles qui voletaient de joie lors de l'effusion du Saint-Esprit attention à ne jamais les faire fuir ...
3. " Un bon soldat ne s'inquiète pas des choses de la vie s'il veut plaire à Celui qui l'a enrôlé ! " avait enseigné l'apôtre Paul.Bon conseil à ne pas oublier ! Si je désirais une totale consécration, c'était afin d'être mieux à même de saisir la Direction Divine, de mieux comprendre les plans de Dieu à mon égard. La Direction Divine devint le thème cher et vital pour moi dorénavant. Avoir trouvé le Seigneur ! Avoir été sauvée, pardonnée, purifiée, baptisée et scellée de son sceau me permettait maintenant de m'appuyer sur ce verset 8 du Psaume 32 :
" Je te conduirai, j'aurai mon il sur toi. "Un dimanche matin au culte, à l'Assemblée de Toulouse (où j'avais trouvé un chaleureux foyer spirituel) je priais instamment afin que quelque chose se dessine, que le Seigneur me parle au sujet de mon avenir ; qu'il me dise comment diriger ma vie sachant très bien que si Dieu me guidait, je ne pourrai pas faire fausse route dans tous les choix qui sont à faire à mon âge. Ce jour-là, je pleurais donc dans mon coin, me faisant toute petite, car j'avais un grand sentiment de nullité, d'incapacité, j'avais le sentiment de n'être bonne à rien et me disais : comment le Seigneur pourrait-il avoir besoin pour son service d'une fille aussi nulle que moi ?
Tout à coup, un don spirituel jaillit dans l'Assemblée en louanges et ce message en langues fut interprété aussitôt : " Lève la tête, lève la tête, " vaillant soldat " ! Tu porteras ma Parole à cette population qui a soif. "
En même temps, une onction puissante du Saint-Esprit tomba sur moi et me fit lever la tête, essuya mes larmes et me remplit d'un chant spirituel qui monta au-delà des voûtes vitrées de l'Assemblée ! Le Seigneur m'avait répondu ! Il me ferait savoir en temps voulu de quelle population Il parlait, j'en étais sûre ! Chaque chose en Son temps !
A cette époque, ma soeur choisit d'entrer dans l'enseignement et partit pour Rouen, où elle se retrouva Directrice d'Ecole Primaire. Elle m'invita à faire comme elle. Après avoir pris conseil auprès de mon Pasteur et sachant que j'allais trouver à Rouen une excellente Assemblée de Dieu, je quittai celle de Toulouse et allai rejoindre ma soeur, où l'Inspecteur d'Académie me nomma son adjointe ! En Normandie, nous fûmes comblées, tant du point de vue professionnel que du point de vue spirituel.
Chaque dimanche, nous " descendions " de notre école, et nous retrouvions l'immense famille spirituelle de Rouen. Le Pasteur et Mme Farina nous ajoutèrent à leurs nombreux enfants qui avaient plus ou moins notre âge ! Quel temps béni ce fut ! Le Seigneur continua à nous former pour Son service. Je dis " nous ", car Il s'occupait tout autant de moi que de ma sur Pauline qui devint l'année de mon départ en Mission, Mme Serge Gaillard. Mais n'anticipons pas. Ne coupons pas le merveilleux fil de la Direction Divine !
Le moment vint de passer l'écrit de mon Certificat d'Aptitude Professionnelle pour être Institutrice titulaire. La veille de l'épreuve, je me vois encore devant tous mes bouquins ouverts et notamment le " Code Soleil " , véritable bible de l'Enseignant, je me disais :
- Impossible de tout savoir ! Quel travail ! " Seigneur, dis-je, je veux bien étudier tout cela, je veux bien réviser ces choses si toutefois cela doit me servir pour le plan que Tu as pour moi ! Montre-moi, Seigneur ! le lieu où je Te serai le plus utile ! "Là-dessus, je fermai mes livres et allai me coucher. Dans cette même nuit, (veille de l'épreuve écrite du CAP) le Seigneur me répondit et me donna un songe merveilleux. Je vis tout d'abord une allée de beaux arbres avec de larges feuilles, semblables à des feuilles de châtaignier, mais ce n'étaient pas des châtaigniers. Ces feuilles étaient vivantes, agitées doucement par une brise légère. Aussitôt, au-dessous, je vis une longue rigole en ciment, sans eau, à sec, avec au coin de ce jardin à gauche une noria cassée : elle ne tournait plus, il n'y avait plus d'eau dans la rigole et pas d'âne pour la faire tourner. Devant cette rigole, je vis tout à coup un long petit banc de prière comme on en voit dans les cathédrales, et, à genoux sur ce petit banc, une longue file de jeunes Africains, très noirs, vêtus proprement de bleu marine-blanc et bleu indigo-blanc. Ils étaient à genoux devant cette rigole ne sachant pas comment boire : fallait-il prendre de l'eau avec la main et la porter aux lèvres ; ou fallait-il avancer les lèvres vers l'eau pour boire à même la rigole ? Mais, de toute manière, il n'y avait pas d'eau dans cette rigole ! Alors je dis, (toujours dans le songe) :
- Oh ce sont des Africains ! Ils ne savent pas comment boire ?
Et toujours dans le songe, j'entendis le Seigneur me dire :
- N'aurais-tu pas pitié de cette population qui a soif ?Je me réveillai aussitôt, émerveillée de ce que je venais de voir en songe, comprenant que le Seigneur venait de me révéler de quelle population assoiffée de Dieu Il m'avait parlé dans le message de Toulouse ! C'était des Africains !
Mais la soif des Africains ? Ces arbres exotiques ? Est-ce une allégorie ou est-ce un lieu précis ? C'est ce qu'il me restait à découvrir !Justement, les Missionnaires du Gabon, M. et Mme Vernaud étaient de passage à Rouen. Comme tous les dimanches après le culte, nous étions invitées, ma sur et moi à la table familiale du Pasteur et Mme Farina ; et ce jour-là, les invités d'honneur étaient les Missionnaires ! Quelle joie ! J'allais peut-être découvrir quelque chose lors de la projection des diapositives du Gabon !
Après le repas, Madame Vernaud entreprit de classer les diapos en vue de la réunion du soir. Mais son projecteur refusa de fonctionner et, après plusieurs tentatives, elle annonça à Monsieur Vernaud son mari :
- " Chéri, tu peux te préparer à faire une prédication sans diapositives : ça ne marche pas ! "
Moi qui n'attendais que cela ! Voir l'Afrique !
- " Oh ! Madame, s'il vous plaît, laissez-moi voir à contre-jour ... Prêtez-moi votre boîte ! dis-je.
- Vous ! Vous avez un appel pour l'Afrique, répliqua-t-elle ! Pressez-vous ! L'Afrique se ferme ! "
Je voulais bien faire vite, mais surtout, ne pas me tromper ! Avant tout, être dans le plan de Dieu ! Le Seigneur m'avait donné tant de précisions ! Je ne voulais pas tout gâcher et me précipiter n'importe où !
Rien de ce que je vis dans ces diapositives ne parla à mon coeur. Les fromagers du Gabon avec leur branchage géométrique, semblant dépourvus de feuilles, n'avaient rien à voir avec les majestueux arbres aux larges feuilles que le Seigneur m'avait montrés. Madame Vernaud trouva que je faisais " la fine bouche " mais j'étais prête à affronter sa désapprobation plutôt que de me tromper d'orientation.Quelques semaines plus tard, ce fut le tour des missionnaires Dupret de Ouagadougou en congé en France d'être de passage à l'Assemblée de Rouen. Comme précédemment, nous nous retrouvâmes à la table familiale du Pasteur. Les diapositives seraient projetées à la réunion de 17 h 30, il n'y avait pas de problèmes. Mais j'étais impatiente de les voir !
Comme il faisait beau temps et que le soleil brillait, qu'il restait du temps après le déjeuner jusqu'à la réunion du soir, M. Farina proposa d'aller tous ensemble faire une promenade au Jardin d'Acclimatation. C'est alors que le Saint-Esprit me poussa à l'offensive :
- " S'il vous plaît, Pasteur, dis-je, pendant que vous allez à la promenade, pourrais-je avoir un entretien personnel avec M. Dupret ? "
- " Mais certainement ! Entrez dans mon bureau ! "
- " Excusez-moi, dis-je à M. Dupret. Le Seigneur m'a donné un songe. Mais je ne sais pas si c'est une allégorie ou si c'est un endroit précis où je dois me rendre.Voilà ........."
Et pendant que je racontais mon songe : l'allée de grands arbres, la rigole en ciment sans eau, la noria immobile ... je vis la face du Pasteur Dupret s'illuminer et il m'interrompit pour me dire :
-" Vous êtes en train de me décrire le Jardin Administratif de la ville de Ouagadougou. Les grands arbres disposés en effet en allée sont des manguiers ; la rigole en ciment a été construite par l'Administrateur M. Untel (il le cite) et la noria ne fonctionne plus. Ils se servent maintenant d'un moteur électrique pour faire monter l'eau du barrage et ils arrosent ce jardin avec un tuyau de caoutchouc, de sorte que l'eau ne coule plus dans la rigole en ciment ! "
Elle était très particulière cette rigole : c'était une construction sur pieds espacés les uns des autres de peu de distance, un vrai petit viaduc au ras du sol sous la longue allée de manguiers, je l'avais bien vue dans mon songe !J'étais émerveillée ! C'était donc un lieu précis de la ville de Ouagadougou !
M. Dupret m'expliqua que ce jardin était situé à mi-chemin entre la station missionnaire et la ville. Il me dit qu'il était venu recruter du personnel pour son collège et qu'il avait besoin d'un Professeur de Français !
Le 1er octobre 1958, je partis pour Ouagadougou (avec la famille Dupret) où je devais rester 12 ans, enseignant le Français 3 ans sur la station missionnaire et le reste de ce séjour comme Professeur d'Espagnol et de Français au Lycée National Philippe Zinda Kaboré de la ville de Ouagadougou. Je me suis régalée d'enseigner, en dehors des cours, la Bible à cette jeunesse africaine assoiffée de la Parole de Dieu, et de leur montrer comment prier.
Écrit en 1999
Mis sur le Ouèbe le 31.08.2004
Dernière modification le 26.03.2006